Depuis plusieurs décennies, la France confie une partie de ses missions régaliennes à des acteurs privés via le mécanisme de la délégation de service public (DSP). Si cette pratique est courante pour la gestion de l’eau, des déchets ou des transports, son application au domaine carcéral soulève des débats passionnés. La gestion privée de prisons, née dans les années 1980 pour répondre à la surpopulation et aux coûts croissants, place l’État dans une position inédite : déléguer l’exercice d’une partie de sa souveraineté, celle de la privation de liberté. Ce modèle hybride, où l’administration pénitentiaire conserve la responsabilité juridique tandis qu’un opérateur privé assure la gestion quotidienne, interroge les fondements même de l’autorité publique. Le recours à l’entreprise privée pour une fonction aussi sensible est-il compatible avec les principes d’égalité de traitement et d’intérêt général ?
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