Depuis l’annonce de l’interdiction de la vente des voitures neuves à moteur thermique en Europe en 2035, une question taraude les automobilistes : ma bonne vieille essence ou mon fidèle diesel sont-ils condamnés à disparaître ? En 2026, alors que l’électrique progresse mais que l’hybride explose, le débat est plus vif que jamais. Entre les décisions politiques, les réalités industrielles et les attentes des consommateurs, tentons de démêler le vrai du faux sur le sort réservé à l’automobile thermique.
L’échéance de 2035 : que dit vraiment la loi ?
Commençons par balayer un malentendu. Non, il ne sera pas interdit de rouler en voiture thermique en 2035. La décision européenne concerne uniquement la vente de voitures neuves émettant du CO₂. Cela signifie qu’en 2035, on pourra toujours acheter une voiture thermique d’occasion, la vendre, la conduire, l’entretenir. Les collectionneurs et les passionnés pourront continuer à rouler en Porsche 911 ou en Youngtimer. Le parc existant n’est pas concerné.
Ce qui est condamné, c’est la production de nouveaux modèles 100% thermiques. Mais attention, cette échéance est déjà remise en question par certains pays et constructeurs qui plaident pour un assouplissement, notamment pour les carburants synthétiques. Rien n’est définitivement gravé dans le marbre. L’avenir du thermique est donc lié à des négociations politiques qui viennent tout juste de commencer.
Le thermique vit-il ses dernières heures ?

Regardons les chiffres de 2026. Les ventes de voitures purement thermiques (essence et diesel sans aucune électrification) sont en chute libre. Elles ne représentent plus qu’environ 30 à 35 % du marché en Europe, contre plus de 50 % il y a cinq ans. Le diesel, lui, est devenu anecdotique (moins de 7 %).
Les constructeurs, de leur côté, ont drastiquement réduit leurs investissements dans les nouveaux moteurs thermiques. L’argent va désormais à l’électrique, aux batteries, au logiciel. Aucun grand groupe ne lancera une toute nouvelle famille de moteurs essence ou diesel d’ici 2030. Cela signifie que les moteurs thermiques actuels arriveront en fin de vie d’ici une dizaine d’années, sans successeur. L’automobile thermique neuve est donc cliniquement condamnée à moyen terme, non seulement par la loi, mais aussi par la stratégie industrielle. En savoir plus en cliquant ici.
Le sursis des hybrides
Dans ce contexte, les motorisations hybrides jouent un rôle de « sas ». Les hybrides simples (non rechargeables) sont techniquement des thermiques assistés. Elles émettent du CO₂, mais moins. À ce titre, elles sont concernées par l’interdiction de 2035. Pourtant, elles connaissent un succès fulgurant en 2026, représentant près de 45 % des ventes.
Les constructeurs les utilisent pour prolonger la vie du thermique tout en abaissant leurs émissions moyennes. Pour le consommateur, c’est une façon de continuer à utiliser une technologie qu’il maîtrise, avec un bénéfice écologique réel. Les hybrides sont donc le dernier rempart du moteur thermique avant la bascule vers le tout-électrique. Mais elles ne sont qu’un répit, pas une solution de long terme.
Les carburants alternatifs peuvent-ils sauver le thermique ?
C’est le grand espoir des passionnés et de l’industrie pétrolière. Les carburants synthétiques (e-fuels) et les biocarburants pourraient permettre de faire rouler des moteurs thermiques avec un bilan carbone neutre. Le principe : fabriquer du carburant à partir de CO₂ capturé dans l’atmosphère et d’hydrogène vert, ou utiliser de la biomasse.
Porsche et Ferrari investissent massivement dans ces technologies. L’idée séduisante est de préserver le patrimoine automobile et de continuer à offrir des voitures de sport thermiques aux collectionneurs. Mais les défis sont immenses. Le coût de production des e-fuels est aujourd’hui prohibitif (plus de 5 € le litre). Le rendement énergétique global est médiocre : on perd beaucoup d’électricité à fabriquer du carburant, qu’on brûle ensuite dans un moteur peu efficace, comparé à l’usage direct de cette électricité dans une batterie.
L’Europe a toutefois laissé une porte ouverte : les voitures neuves fonctionnant exclusivement aux e-fuels pourraient échapper à l’interdiction de 2035. C’est une brèche, mais elle ne concernera probablement que des volumes infimes, réservés aux ultra-luxueux.
Que va-t-il se passer entre 2026 et 2035 ?
La décennie qui s’ouvre sera celle de la cohabitation. Les moteurs thermiques purs vont progressivement disparaître des catalogues, remplacés par des hybrides. Les petites citadines d’entrée de gamme resteront thermiques le plus longtemps possible, car l’électrique y est difficile à rentabiliser.
Ensuite, viendra le temps de la rareté. Acheter une voiture thermique neuve en 2032 ou 2033 deviendra un acte militant ou un luxe réservé à quelques modèles très spéciaux. La grande masse des automobilistes sera passée à l’électrique, poussée par les ZFE (zones à faibles émissions) qui interdront progressivement la circulation des vieux diesel et essence dans les métropoles.
Le thermique survivra-t-il sur les marchés émergents ?
L’Europe n’est pas le monde. Si l’Union européenne et la Chine basculent vers l’électrique, d’autres régions (Afrique, Amérique du Sud, certaines parties de l’Asie) continueront à utiliser et à produire des voitures thermiques pendant des décennies. Le parc mondial de véhicules thermiques restera colossal. Les constructeurs exporteront peut-être leurs anciens modèles vers ces marchés. La mort du thermique en Europe ne signifie pas sa mort sur la planète.
Faut-il avoir peur d’acheter une thermique en 2026 ?
Pour un acheteur aujourd’hui, la question est pragmatique. Si vous achetez une voiture thermique neuve en 2026, vous pourrez la garder sans problème pendant 10 à 15 ans. Les restrictions de circulation (ZFE) sont le principal risque : vérifiez que votre future voiture aura sa vignette Crit’Air suffisamment longtemps dans votre région. Si vous habitez en zone rurale ou périurbaine, le thermique reste parfaitement viable. En revanche, pour une revente dans 5 ou 6 ans, la décote pourrait être plus forte que sur un hybride, les acheteurs futurs se détournant probablement du 100% thermique.
En conclusion, oui, l’automobile thermique est condamnée à disparaître du marché du neuf en Europe à l’horizon 2035-2040. Mais cette mort est programmée, lente et progressive. Elle laissera place à des hybrides, puis à l’électrique. Le thermique ne s’éteindra pas brutalement un soir de 2035 ; il s’éteindra faute d’investissements, faute de modèles neufs, faute de carburant abordable peut-être. Pour le passionné, il reste quelques belles années à vivre. Pour l’automobiliste pragmatique, le choix devient stratégique. Mais une chose est sûre : le bruit du moteur essence dans un tunnel, on ne l’entendra bientôt plus que dans les musées et les collections privées.
